« La RSE, un enjeu crucial pour le Textile-Habillement » par Catherine Abonnenc, Directeur des Partenariats d’Evalliance

dimanche 21 février 2016

La Responsabilité Sociétale de l’Entreprise, c’est un des thèmes qu’Evalliance avait choisi de mettre en lumière, le 15 février, dans le cadre des conférences du salon ApparelSourcing, avec le concours de représentants de la grande distribution et de producteurs de différentes régions du monde ; ceci pour développer la sensibilisation des acteurs de la chaîne de fabrication sur ce sujet et mettre en lumière de nombreuses initiatives de distributeurs et producteurs peu connues.

Ayant animé cette conférence, Catherine Abonnenc livre ici sa réflexion sur cette question très importante, tant pour les donneurs d’ordres que pour les fournisseurs de la filière textile-habillement.

Catherine Abonnenc, Directeur des Partenariats d’Evalliance

La RSE ou Responsabilité Sociétale de l’Entreprise ? Près d’un chef d’entreprise sur deux en France n’en a encore jamais entendu parler, selon l’étude que France Stratégie vient de publier.

Alors rappelons que la RSE consiste, pour une entreprise, à intégrer les préoccupations sociales et environnementales dans ses activités opérationnelles et dans les stratégies qu’elle met en place. Il s’agit également d’interagir avec les parties prenantes -clients, fournisseurs- pour intégrer ces préoccupations dans leurs relations (impact sociétal). On fait également maintenant le lien avec les notions d’éthique et de gouvernance.

Ouvert très tôt à la mondialisation et secteur de main d’œuvre, le textile-habillement est sans doute l’industrie qui a été le plus tôt concernée par le sujet de la RSE. En effet, il y a déjà une vingtaine d’années, le collectif de « l’éthique sur l’étiquette » constitué d’associations et de syndicats de travailleurs interpellait la grande distribution pour que les vêtements achetés dans les pays industrialisés soient produits dans des conditions dignes, responsables et conformes aux normes sociales et environnementales élémentaires.

Parallèlement aux syndicats et aux ONG très actives dans ce domaine, les grandes institutions internationales, parmi lesquelles au premier rang le Bureau International du Travail (BIT) se sont également intéressées très tôt à cette dimension et ont incité les pays, les entreprises à s’impliquer sur le sujet.

L’Union européenne a fait des Droits de l’Homme et du respect d’un certain nombre de règles de RSE, une condition d’attribution de ses régimes préférentiels aux pays producteurs et encourage les Etats-membres à renforcer les cadres législatifs et réglementaires.

On notera à cet égard qu’en France, l’arsenal législatif est assez développé, avec la loi Nouvelles Régulations Economiques votée dès mai 2001 et les lois Grenelle I et II de 2010 qui imposent, pour les sociétés cotées, un devoir d’information des tiers sur les pratiques mises en place pour intégrer les préoccupations sociales et environnementales dans leurs activités. Le législateur français a même tenté d’introduire un devoir de vigilance des donneurs d’ordre sur l’ensemble de la chaîne de fabrication, suite au drame des 1300 morts dans l’effondrement de l’usine de confection du Rana Plaza au Bangladesh en avril 2013 (mais la loi est restée pour l’instant lettre morte, la France faisant cavalier seul au sein de l’Europe).

Il existe aujourd’hui dans le monde une multitude de référentiels et de labels (on en dénombre 400 en France dont une soixantaine pour le seul secteur textile), mais ces labels orientés souvent plus produits que procédés de fabrication et portent davantage sur les matières employées que la dimension sociale. Et les consommateurs, au-delà des déclarations d’intention et des temps d’émotion collective assez courts, restent en réalité assez indifférents aux impacts de la chaine de conception et fabrication.

La situation reste médiocre dans beaucoup de pays fournisseurs, comme le Bangladesh. Il est donc nécessaire de sensibiliser les chefs d’entreprises sur la nécessiter de mieux respecter les normes sociales et de partager les bonnes pratiques. Ce sera mieux pour leurs salariés mais aussi pour leur business avec les donneurs d’ordres européens.
En effet, la RSE fait son chemin dans le secteur, au travers de multiples initiatives de distributeurs et de producteurs en France, en Europe, aux Etats-Unis mais également dans les pays moins avancés comme cela a été exposé au cours de la conférence. Et il faut le faire savoir !

Les entreprises de confection au Cambodge, par exemple, sont souvent citées par les médias à propos de conflits et d’affrontements assez durs, attisés par les syndicats. Pourtant, bon nombre de producteurs dans ce pays ont établi un lien de causalité entre une main d’œuvre engagée, la productivité et la qualité et ont identifié la RSE comme un outil de performance. Il ne s’agit plus seulement de fournir de bonnes conditions de travail et un environnement sain, mais aussi de susciter l’engagement de la main d’œuvre. Une grande attention est accordée dans le domaine de la santé, la nutrition ainsi que l’alphabétisation. De plus en plus d’usines ont des cantines servant des repas gratuits aux employés et certaines ont même développé des bibliothèques dans leurs locaux pour contribuer à l’élargissement des connaissances de leurs salariés. Tous ces éléments contribuent à la valorisation de l’offre des entreprises cambodgiennes et leurs exportations se développent aujourd’hui de manière exponentielle vers l’Europe.

Les distributeurs européens quant à eux, accordent une très grande importance aux conditions sociales et environnementales dans lesquelles sont produits les vêtements qu’ils achètent. Au cours de la conférence, le groupe Auchan- pour lequel le textile ne représente qu’une part assez faible de son chiffre d’affaires -a ainsi expliqué l’action qu’il menait au travers de la fondation « Weave our Future » qu’il a récemment créée pour contribuer au progrès social dans les pays les moins avancés. La vocation de cette fondation est de soutenir, via des ONG implantées localement, des projets visant à participer à l’amélioration des conditions de travail et de vie des ouvriers et ouvrières des industries textiles des pays les moins avancés (Vietnam, Cambodge, Pakistan, Bangladesh).

La RSE, relation partenariale « gagnant-gagnant » entre tous les acteurs, est porteuse d’efficacité économique et de compétitivité pour l’ensemble de la chaîne textile-habillement. Et d’épanouissement pour les salariés.

Le mot d’ordre en matière de RSE sera donc : sensibiliser, former, dialoguer, fédérer, promouvoir !

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